« La démocratie entre substance et procédure », colloque à l’université de Rennes

La question de la légitimité propre du régime démocratique contemporain a fait l’objet de nombreuses études au cours des dernières années, qui ont en commun de chercher à déterminer, au-delà du principe de la souveraineté populaire dont il se réclame, son rapport aux valeurs fondamentales que sont le vrai, le juste ou le bien. L’autorité de la démocratie provient-elle seulement de son aptitude à encadrer dans des procédures spécifiques le désaccord sur ces notions, ou bien tient-elle précisément à son aptitude à déterminer ce qu’elles sont ? Cette question générale se décline dans plusieurs directions.
 
La thèse selon laquelle la démocratie serait dotée d’une vertu épistémique remonte à Aristote. Des travaux actuels, dans la philosophie politique américaine, s’emploient à la réactualiser tandis que d’autres estiment que les prétentions épistémiques de la démocratie sont vaines, faute d’accord sur les critères de jugement qu’ils considèrent pourtant indispensables pour évaluer la rationalité et la justesse des décisions collectives Ces positions antagonistes soulèvent plusieurs questions. Faut-il effectivement tenir le désaccord pour radical ? Qu’en est-il de la vérité en politique : existe-t-elle ? Est-elle indécidable ? Quelles sont les conditions d’attestation de la vérité dans le domaine pratique, et sont-elles essentiellement différentes de ce qu’elles sont dans celui des sciences ? Dans quelle mesure ces conditions déterminent-elles la prétention épistémique de la démocratie ?
 
Par ailleurs, depuis la Seconde guerre mondiale, la plupart des démocraties se sont dotées de juridictions constitutionnelles, censées garantir les droits fondamentaux des individus contre les empiètements du pouvoir. En cas de désaccord (substantiel ou procédural) sur les principes, qui est en charge de déterminer la bonne interprétation ou la bonne procédure d’application du principe, qui peut désigner la « bonne » sphère d’extension des concernés ou des affectés par les principes? Que signifie le désaccord sur les principes pour la démocratie ? Enfin, si, comme le propose Ronald Dworkin, « la démocratie est avant tout un ensemble de procédés pour aboutir à des résultats qui seront justes » (La vertu souveraine), au nom de quel critère de justice peut-on exercer cette activité d’interprétation des principes et de mise en place des procédés ?
 
Enfin, la démocratie libérale ne cherche pas à imposer de conception de la vie bonne, mais à laisser à ses membres la liberté de choisir leurs propres fins. Elle doit donc être gouvernée par des principes de justice qui ne présupposent aucune conception particulière du bien. Cela signifie-t-il que la démocratie est axiologiquement neutre ? Ou bien les principes libéraux de justice mettent-ils au contraire en œuvre une conception morale historiquement et culturellement située ? Si c’est le cas, sommes-nous pour autant obligés d’adopter une compréhension perfectionniste de la démocratie libérale, selon laquelle elle consiste essentiellement à approfondir la compréhension que nous avons de nous-mêmes ?
 
Cette question entraîne celle du multiculturalisme : si la communauté politique, fût-elle libérale, est indissociable d’une communauté culturelle constituée par l’entrelacs des significations partagées, comment penser la pluralité des cultures au sein d’une même communauté politique ? Si la conception libérale de la justice ne prend sens que sous l’horizon d’une communauté culturelle donnée, faut-il en conclure que la justice distributive est impossible entre des communautés culturelles distinctes ?
 
Plus d’informations ici: https://philo.univ-rennes1.fr/colloque-la-democratie-entre-substance-et-procedure

Publié dans Rendez-vous

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